Cerca

Soci e partner

Provincia di Ravenna

Comune di Ravenna

Fondazione del Monte

Cassa di Risparmio di Ravenna

Istituto per i Beni Culturali Emilia-Romagna

Memoria e Ricerca

Notre-Dame de Saint-LĂ´ nella Manica: una restituzione virtuale in 3D dopo la distruzione durante la Seconda guerra mondiale

di Marie-Pierre Besnard
in Memoria e Ricerca n.s. 37 (2011), p. 193


QUAND LA REALITE VIRTUELLE CONJUGUE L'HISTOIRE AU PRESENT

L'exemple de l'église Notre Dame de Saint Lô (Manche, FRANCE)



Figure 1 : La façade de l'église Notre Dame au début du XXe siècle

Source : Archives départementales de la Manche (ADM)


Préfecture de 20 000 habitants, Saint Lô compte parmi ces villes moyennes dont le destin semble avoir toujours échappé à l'histoire. Tout bascula à l'été 1944 lorsqu'elle fut détruite dans sa quasi-totalité par les bombardements alliés (figure 2). À la différence de nombre de ses voisines normandes qui subirent le même sort, Saint Lô ne muséifia pas la guerre1. Ici, la tragédie fut commémorée in situ, par des choix urbanistiques et architecturaux qui déterminèrent la sanctuarisation de la ville toute entière. À la Libération, Saint Lô devint brutalement la « Capitale des ruines »2. Face à l'ampleur du désastre, il fut d’abord envisagé par le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) de ne pas la remettre debout pour bâtir une ville nouvelle alentour. Les dégâts matériels étaient énormes mais les pertes civiles heureusement faibles3 et, pour la population évacuée, un tel choix était purement inacceptable : Saint-Lô serait un phénix, déblayée pour être reconstruite.





Figure 2 : Saint Lô après les bombardements de juin 1944

Source : CRBN/National Archives USA4

Dans ce contexte, pour des raisons autant économiques que symboliques, l’œuvre de Reconstruction prit le parti de faire porter au monument phare de la ville, l'église Notre Dame, les stigmates de la guerre5. De tradition presque millénaire, Notre Dame coiffait la ville de ses flèches de pierre depuis la fin du XVIIe siècle. Visitée et décrite par Victor Hugo6, peinte par Camille Corot7, l’église Notre Dame a toujours été considérée par tous comme la « grande eglyse ». On l’appelait souvent « cathédrale » bien qu’elle ne fût jamais siège de l’évêché : ses dimensions imposantes, sa situation en surplomb de la ville avec ses flèches inspirées de la cathédrale de Coutances et de l'église Saint-Pierre de Caen, surtout le fait que les évêques de Coutances avaient été barons de Saint Lô jusqu'au XVIe siècle8, tout alimentait la légende. À l'été 1944, elle n'était plus qu'une ruine, sa façade effondrée (figure 3), la voûte de la nef éventrée. Seule demeurait en majesté sa poutre de gloire, suspendue à l'entrée du chœur, symbole de la résistance à la barbarie.




Figure 3: L'église Notre Dame après les bombardements de 1944

Source : CRBN/National Archives USA9

En l'amputant de ses flèches et en cicatrisant sa façade d’un austère mur de schiste vert du Cotentin (figure 4), l'architecte en chef des Monuments historiques, Yves-Marie Froidevaux, nommé juste après guerre, tendit aux hommes un miroir de la tragédie que la ville venait de connaître. Il fit de l'extérieur de cette église classée10 un archétype patrimonial, condamnant du même coup toute intervention architecturale ultérieure11. Son geste, pourtant d'une grande intelligence, fut vécu par les sinistrés comme une provocation. Immédiatement après la Libération, la Société d'Archéologie organisa ardemment la défense de l'église condamnée :

Après avoir été pendant de longs siècles, Notre-Dame de Saint-Lô demeure le cœur et la parure de la cité, c'est là qu'elle est née, c'est là qu'elle doit renaître. Intimement mêlée à la vie religieuse et civile de la ville, cette église doit demeurer vivante ; elle recèle un capital de souvenirs que l'édifice moderne le plus magnifique ne saurait avoir. C'est pourquoi la Société d'Archéologie et d'Histoire naturelle de la Manche considèrerait comme une grave erreur tout projet tendant à désaffecter ce sanctuaire édifié avec tant d'amour et de persévérance ; à transformer ce lieu sacré en un banal objet de tourisme ; à livrer le coeur de la cité à la tristesse des ruines (…). 12

Un sentiment de nostalgie aussi violent que l’effondrement du lieu s’empara alors des saint-lois qui ne virent plus en elle que la mémoire outragée. Le souvenir de la façade leur avait fait oublier les affres du temps, les mutilations des Guerres de Religion et de la Révolution française, la pauvreté de ce qui restait alors des vitraux, celle du mobilier et les dégradations structurelles qui avaient fait de Notre Dame un colosse aux pieds d’argile. En effet, malgré les soins incessants qu’elle avait reçus, l'usure s'était emparée du lieu qui était devenu avec le temps une proie facile pour les pluies de bombes. L'histoire est souvent ironique et l'architecte Barbier, désespéré de la situation qui avait inlassablement répété ses inquiétudes écrivait encore le 8 décembre 1943, il adressait un ultime rapport:

À la suite d'une vérification des paratonnerres, le mauvais état des jointures nous a été révélé. Au cours d'une récente tournée il nous a été permis de constater que les joints extérieurs de la tour nord sont en mauvais état et méritent d'être en grande partie refaits. Mais l'état de la tour sud est encore plus mauvais ; en effet si les joints extérieurs ont un peu moins souffert, ceux de l'intérieur sont extrêmement dégradés. En de certains points, on voit le jour à travers le joint qui est dégarni de mortier. Une pierre est particulièrement dangereuse, complètement privée de mortier et décalée, elle risque de tomber et de causer de graves accidents. La cause la plus apparente de l'état des joints intérieurs de la tour sud paraît être attribué aux vibrations produites dans les maçonneries par la sonnerie en volée de toutes les quatre cloches à la fois. (…) En raison de l'état des deux flèches qui exigent des réparations urgentes, il paraît indispensable d'exécuter le rejointement des deux flèches en une seule campagne. 13

Aujourd’hui, soixante-cinq ans après le fin de la Seconde Guerre Mondiale, la ville demeure blessée dans sa pierre, incapable, semble-t-il, de résilience. S'il apparaît comme une évidence que les flèches ne seront pas reconstruites, leur perte rend inconsolable la population.



Figure 4 : La façade de l'église Notre Dame aujourd'hui

Source : MPB14



En 1944, les dépôts d’archives, ceux du département, de la commune comme ceux de la paroisse furent détruits par les bombes et les incendies qui suivirent. C’est une grande partie de la mémoire de la ville qui disparut, perte irréparable qui rend aujourd’hui ardue toute entreprise historiographique un peu complète. La ville est pourtant toujours en quête de son passé. C'est à l'occasion des commémorations de la Seconde Guerre Mondiale dans le cadre du Cinquantième anniversaire de la Libération que s'exprima véritablement pour la première fois la volonté de redonner une physionomie à la ville d'antan. Une commande fut passée au plasticien saint-lois Bruno Dufour-Coppolani de toiles peintes posées sur la façade de Notre Dame comme autant de peaux pour rappeler ce qu'elle avait été. Provisoirement, il proposait de combler le trou béant voulu par Froidevaux. En 2005, un projet d'une toute autre ampleur vit le jour : cinq années de travail et la collaboration à divers degrés de près de six cents personnes avaient été nécessaires pour retrouver la ville d'avant-guerre et proposer une balade virtuelle en trois dimensions dans l'espace des remparts. Construit autour du texte Je me souviens de Georges Pérec15, le propos de « Saint Lô Retrouvé » était, certes, nostalgique, mais la démarche, pionnière, avait réussi à fédérer une population autour de son identité (figure 5).

 



Figure 5: Capture de la vidéo "Saint-Lô Retrouvé" (2005)

Source : Ville de Saint-Lô


Dans la lignée de ce qui a été initié, nous avons entrepris en 2008 de restituer virtuellement l'église Notre-Dame dans son état précédant les bombardements. Le travail consiste donc à donner à revoir pour les plus anciens, à donner à voir pour tous, l'édifice de 1940, virtuellement rebâti en images de synthèse tridimensionnelles, et plus encore de permettre au public de le visiter en temps réel, en immersion et de manière interactive selon les exigences de la réalité virtuelle. L'étude revêt une double nature. Elle est en premier lieu un travail historiographique puisqu'elle se propose de réécrire l'histoire d'un lieu à la lumière des sources que les aléas du temps et la barbarie des hommes ont laissé à notre connaissance sous une forme ou sous une autre : iconographiques, imprimées, archéologiques, etc. Elle présente en second lieu un caractère muséographique affirmé, puisqu'elle expose l'espace cultuel dans sa dimension culturelle, en le mettant en scène selon une approche scénarisée et tenant compte de la variété des publics. Ce dispositif a été rendu accessible au public de manière expérimentale via une borne interactive située dans l'église actuelle lors des Journées européennes du Patrimoine (JEP) 2010. Si la réalité virtuelle a intégré le champ historiographique, ce dispositif, sous cette forme, est sans équivalent à ce jour. Il sera inauguré et installé de manière permanente en septembre 2011, lors de la prochaine édition des JEP.


Figure 6 : Le chœur de l'église Notre Dame vu depuis l'autel à la fin du XIXe siècle

Source : ADM16


En réalité, le choix de rendre l'église virtuelle visible via une borne interactive in situ ne s'est pas imposé pas de lui même. En effet, l’ère digitale offre une multitude de propositions depuis le site Internet jusqu’aux contenus multimédias via la téléphonie mobile. Nous avons donc en premier lieu procédé à l'étude du contenant susceptible de recevoir la restitution virtuelle. Ce choix nous parut le plus pertinent compte tenu de la vocation du projet : redonner une consistance virtuelle à un édifice dont la légende nourrit des fantasmes et nuit à la vérité historique. Le fait qu'un espace muséal fût réservé par l'architecte lors de la reconstruction de l'église dans le bas-côté nord sous la forme simplement évocatrice d'un cimetière lapidaire autorisait l'initiative, laquelle est soutenue par la ville, propriétaire du bâti, et la paroisse.


Selon notre analyse, la borne interactive constitue le meilleur moyen de mettre en correspondance les deux espaces temps, de montrer leurs différences, les repères de l'église actuelle permettant la spatialisation de l'ancien et rematérialisant en quelque sorte la restitution par la comparaison. Nous proposons de conjuguer virtualité et réalité en ce sens que la superposition des espaces temps pallie un défaut trop souvent mis en scène et contraire à la réalité dans les évocations historiques : celui qui laisse à penser que l'histoire est faite d'étapes et de ruptures sans considérer que la rupture s'inscrit elle même dans une continuité temporelle au sens de l'évolution. Dans notre cas, le bénéfice est double : d'une part, l'édifice d'avant-guerre devient un véritable objet historique puisque la restitution virtuelle est datée ; d'autre part, les visiteurs sont invités à lire et accepter l'église reconstruite comme une héritière de l'église disparue17.

L'usage de la 3D offre une véritable plus-value au travail de restitution dans le cas d'étude puisque le volume appartient par essence à l'architecture tandis que la réalité virtuelle répond au souhait de redonner une substance virtuellement palpable aux objets du passé à la condition que la véracité historique ne prime sur la séduction et le pouvoir de l'image. La dimension numérique du projet n'obère en rien l'exigence de la méthode scientifique, bien au contraire. Dans un premier temps donc, notre démarche fut purement celle de l'historien. En effet, la première étape consistait en un inventaire des sources, puis en leur analyse. Nous avons précédemment mentionné le fait que la disparition des archives locales rendait la recherche documentaire complexe. Toutefois, les études autant descriptives qu’analytiques des sociétés savantes locales18 sauvèrent une partie de la connaissance du lieu : les érudits normands s'attachèrent dès le milieu du XIXe siècle à recopier les actes, à les commenter ; ils étudièrent l'église par parties ou produisirent des notices générales qui offrent une image du lieu à une époque donnée.

Le fonds Froidevaux conservé à la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine de Paris (Charenton) renferme quant à lui des documents de deux types principaux19 : un premier corpus compile les dossiers de restauration de l'édifice depuis son classement jusqu'à décembre 1943, il est composé de l'ensemble des correspondances, devis, factures, rapports de visites des architectes en chef des Monuments historiques ; un second corpus est constitué essentiellement des plans de la Reconstruction souvent annotés par l'architecte. D’autres sources, iconographiques, ont été compulsées : ce sont surtout les photographies et les cartes postales versées au fil du temps aux Archives départementales de la Manche20 (figure 6).

Une fois le corpus documentaire réuni dans son état premier, soit du point de vue de la connaissance historique du lieu, nous avons entamé une démarche de transformation de ces données en termes informatiques pour la reconstitution virtuelle de l'église. Cette étape correspond à une phase de dialogue et d'échanges entre l'historien qui nourrit le dossier scientifique et l'infographiste qui construit le modèle virtuel. Elle est capitale pour une optimisation du résultat et les questions qu'elle pose vont bien au-delà de l'ingénierie informatique : elles lancent de véritables problématiques de recherche sur lesquelles nous reviendrons de manière thématique au fil du développement. Elles forcent également la pluridisciplinarité vers une démarche transdisciplinaire21.

Pour atteindre l'objectif fixé, la contribution de ce dernier est majeure. Il faut pour cela que l'historien accepte de travailler de manière collaborative. Aujourd'hui, à l'heure du tout patrimoine et du tout numérique, du culte du libre accès et de la gratuité, l'historien n'est plus requis de manière évidente pour l'écriture de l'histoire. Loin de défendre la thèse d'une « histoire officielle », il nous faut mesurer que l'ère digitale accélère le processus de fragmentation de l'écriture historique et que la nostalgie n'est jamais un moteur du progrès. Il est grand temps de repenser la notion des « sciences auxiliaires de l'histoire » dans un sens collaboratif et non en termes d'inféodation.

Pour comprendre la méthodologie de travail du binôme, il faut accepter le postulat selon lequel les travaux de restitution virtuelle avec visite en immersion et en interactivité avec le modèle impliquent que les espaces représentés soient des espaces finis. Nous entendons par là que l'espace restitué ne peut comporter d'espaces vides. La nécessité s'en fait d'autant plus crue dans le cadre de la présente étude que l'église Notre Dame n'est pas conservée à l'état de ruine mais qu'elle est aujourd'hui relevée et rendue au culte. Le public ne comprendrait donc pas ni morcellement ni son inachèvement virtuels. Il faut donc renseigner chacune des parties de l'édifice, ce que nous avons exposé de l'état des sources rendant délicat l'opération, et ce, malgré la proximité chronologique de la restitution.

Dans Notre-Dame, nous nous attarderons sur le dossier consacré aux vitraux lequel est tout à fait éclairant sur les difficultés rencontrées pour concilier les impératifs historiques et infographiques. Sur tous les flancs de l'église, toutes les fenêtres furent pulvérisées en 1944 alors même que le dernier tiers du XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle avaient été une période importante de chantiers de vitrerie. Par chance, la Loi de 1942 visant à rendre obligatoire la dépose des vitraux anciens fut respectée à Saint-Lô qui comptait, selon l'avis des plus grands spécialistes22 parmi les plus beaux ensembles de la région. Grâce à cette mesure, les vitraux antérieurs au XIXe siècle furent-ils sauvés et parmi eux les deux joyaux que sont le Vitrail Royal offert à la ville par Louis XI en 1470 et le Vitrail de l'Assomption et Trinité attribué au maître verrier flamand Arnoult de Nimègue vers 151523. Tous les autres disparurent sous les décombres et leurs motifs ne laissèrent guère de traces dans les sources.

Livres d'images, les vitraux appartiennent au mobilier de l'église et leur histoire est fort bavarde sur l'évolution de la dimension temporelle voire sociologique de la vie d'une paroisse24. À ces différents titres, ils trouvent toute leur place dans une monographie, a fortiori lorsqu'elle intègre une dimension visuelle. Pour les renseigner, nous avons travaillé essentiellement à partir des sources textuelles et iconographiques. Les cartes postales d'avant guerre offraient seulement des bribes de lecture selon les angles de vue, puisque les vitraux n'étaient que très exceptionnellement le sujet principal du cliché. Lorsqu'ils apparaissaient, pour tout ou partie, de toutes les manières, c'était en noir et blanc. Les photographies s'avérèrent pourtant la documentation la plus riche sur le sujet (figure 9). Lorsque nous pouvions recomposer la figuration d'une verrière dans sa totalité en croisant les images et les textes, le dossier scientifique était satisfait sur le plan documentaire mais la restitution virtuelle posait des enjeux d'une toute autre nature.



L'église détruite en 1944 était un lieu de culte, et si l'architecte Froidevaux la sanctuarisa dans son architecture, c'est pourtant en tant que lieu de culte que l'église d'après guerre fut rebâtie. Pour cette raison au moins, nous ne pouvions envisager notre reconstitution virtuelle comme la seule évocation architecturale d'un lieu disparu. Nous devions traiter l'édifice virtuel du point de vue des ambiances et la question des vitraux du point de vue de la lumière, préoccupation qui fut celle de l'architecte lorsqu'il rebâtit l'église25. Filtres de la lumière divine, les vitraux confèrent au lieu une lumière particulière dans l'espace sacré, lumière que l'infographiste est en charge de restituer de la façon la plus réaliste possible de manière à rendre l'espace virtuel sensible.



Figure 7: Vue de détail sur une fenêtre du collatéral sud au début du XXe siècle montrant l'état de délabrement des fenêtres du collatéral sud : la vitrerie simple losangée a pris le pas sur les motifs colorés.

Source : Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine26

Historiquement, les maîtres-verriers ne se sont pas contentés dans l'histoire du vitrail de produire des tableaux colorés destinés à raconter aux hommes sans savoir des histoires imagées extraites de la Bible ou leur racontant leur propre histoire politique et sociale27. Ils ont surtout travaillé la composition de la lumière de telle sorte que ces histoires colorées, humaines et de ce fait toujours quelque peu vaniteuses, ne trahissent en rien la pureté divine de la blanche lumière. Ainsi, quelle que soit la teinte du verre, nulle projection de silhouettes ou de motifs sur les dallages de Notre-Dame. Si l'on fait le tour de l'église Notre-Dame reconstruite et que l'on observe la course du soleil, quelque soit l'heure, la saison, l'orientation est cassée dan le verre, selon la tradition.

Le réalisme est l'un des apports majeurs de la 3D tandis que l'immersion impose que les ambiances soient elles aussi représentées de manière fidèle. Parler de réalisme lorsque l'on évoque la question de la lumière peut paraître paradoxal puisque par nature elle n'est pas vue en tant que telle mais qu'elle permet de voir. Elle permet aussi de (res)sentir. C'est précisément pour cette raison qu'elle est si importante dans un projet de cette nature puisqu'elle contribue de façon majeure à la restitution d'ambiances. Le cadre de l'étude se rapportant au spirituel ajoutait encore à la nécessité de privilégier cet aspect : une église est un lieu dans lequel la lumière est symbolique. S'il ne nous appartient pas de traiter de la question de la foi sur le fond dans un projet historiographique nous ne pouvons en revanche faire l'économie de son traitement sur la forme.

C'est à ce stade qu'intervient la nécessité de poser des repères méthodologiques. Toute une partie du travail consiste non à démontrer la pertinence du choix de la 3D pour la science historique mais à poursuivre les investigations dans ce champ pionnier et peut-être plus encore à défendre le caractère indispensable de la transdisciplinarité28. À cet égard l'étude de la lumière virtuelle montre que jusqu'alors les tentatives ne furent des réussites que du point de vue de l'infographie mais ne respectent en rien la vérité historique. Dans ce sens donc, les modèles virtuels ne constituent pas une avancée pour l'historiographe. Une thèse en informatique, récemment publiée en Angleterre traite de la question de la restitution virtuelle des vitraux29. La lecture de ce travail, nous montre que le chercheur est préoccupé par l'environnement du verre, considérant le réseau de plomb, les éléments extérieurs venant obstruer la lumière, etc. et que son objet n'est pas le traitement du verre lui-même30. Son travail est intéressant mais demande à être complété dans le sens d'une approche pluridisciplinaire31. C'est dans cette optique que nous avons entamé un travail visant à créer une base de données sur les caractéristiques des verrières : une fois renseigné le descriptif physique du verre pour une fenêtre donnée, un programme informatique vient traiter les données et proposer une restitution type32.

Pour appréhender la lumière du vitrail, nous avons travaillé aussi in situ, à une lecture de la lumière dans l'édifice reconstruit. Les facteurs étaient peu nombreux mais demandaient un temps d'observation long. Il s'agissait de suivre la course du soleil au fil d'une journée, au fil des saisons, et de capter le maximum d'informations d'ordre météorologique. Grâce à cette démarche empirique, immersive et d'imprégnation, nous pourrions observer de manière qualitative comment l'édifice se trouvait impacté par les rayons directs, par la lumière indirecte, la lumière volumétrique dite aussi grain.

Puisque nous évoquons ici les rebonds de la lumière nous devons également mentionner qu'il faut prêter dans les restitutions virtuelles quand cela est possible une attention particulière aux matériaux. Notre étude visant pour partie à montrer que l'édifice présentait un état de délabrement avancé en bien des parties que les sources iconographiques attestent, il nous appartenait de travailler de manière approfondie avec l'infographiste les pierres et leurs altérations tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice. Nous n'insisterons pas sur la méthode de génération de textures dans le présent texte, mais comme pour la lumière qui nécessita un temps long d'observation de la course du soleil au rythme des jours et des saisons, la méthode travail pour la restitution des matériaux fut fondée sur une observation et une interprétation fine des données.

Les modèles virtuels 3D souffrent le plus souvent d'un double effet nuisible au réalisme des scènes : d'une part l'aspect trop neuf des textures et d'autre part leur répétition. Les deux sont le plus souvent liés à l'impératif de la navigation en temps réel et donc à la nécessité d'alléger la scène, chacun des mouvements impliquant une modification du point de vue nécessite que l'ensemble des données de géométrie et de texture soit retraité. Là où la 3D changeait la représentation du point de vue de l'illusion du volume, la réalité virtuelle impose un niveau de détail de plus en plus poussé pour favoriser l'identification par l'immersion. Notre cas d'étude imposait une qualité particulière de rendu du fait de la reconstruction du lieu. Un trop grand écart avec l'église réelle aurait nui à la capacité du visiteur à comparer les deux espaces.

Pour autant, le niveau de précision que nous avons atteint, par exemple pour les dallages ou les simulations d'infiltration d'eau n'est pas un postulat pour tous les travaux. Parfois même, il n'est pas possible en premier lieu du fait de sources insuffisantes. Également, la restitution d'ambiances n'est pas toujours un pré-requis ou ne s'exprime pas de manière aussi aiguë que dans notre projet, le temps de la production obligeant souvent à opérer des choix. Dans le cas des restitutions archéologiques par exemple, en particulier lorsqu'il s'agit de restitutions d'ensembles, la priorité ne réside pas nécessairement dans la simulation des ambiances mais dans l'élévation de monuments dont il ne reste que des vestiges ou qui ont totalement disparu. Le fait que les modèles virtuels soient le plus souvent dépeuplés ajoutent encore au décalage. Dans ce cas, c'est bien la dimension architecturale qui prime. Nous pensons particulièrement aux travaux de l'équipe du Plan de Rome de Philippe Fleury33, pionnier dans le domaine des reconstitutions virtuelles antiques et qui travaille depuis 1994 sur la reconstitution de la Rome du IVe siècle après J.-C. Aujourd'hui, les ambiances représentent l'un des axes de recherches de l'équipe avec notamment la volonté de peupler les modèles, de les sonoriser aussi34.

 



Figure 8: Premiers essais de projection de lumière virtuelle sur un objet par défaut du logiciel de modélisation 3DSMax (2008)

Source : MPB



Il ne faut jamais perdre de vue que c'est le cadre historique qui pose les jalons de la restitution. L'informatique étant un outil de mise en image et par là même de mise en valeur. L'image est un langage et le fond prime toujours sur la forme, sans que cela ne souffre d'exception. Elle n'est jamais un substitut de la connaissance. Aussi, lorsque le dossier scientifique montre des lacunes, il faut trouver un moyen de fermer l'espace représenté en respectant la véracité historique tout en satisfaisant la qualité de la restitution. En effet, la 3D n'a pas pour vocation de pallier le manque de certitudes et l'historien qui use de cet outil n'est ni iconoclaste ni idolâtre des nouvelles images. Elles figurent la connaissance, offrant une autre approche de l'espace mais elles ne constituent pas la base d'un savoir en tant que tel.

Du reste, il ne faut pas sous-estimer la capacité des images 3D à nourrir la connaissance. Lors de l'élévation de l'édifice par exemple, l'infographiste peut pointer des erreurs dans le dossier scientifique. De ce fait, il oblige à relire et à croiser les sources, le plus souvent pour les compléter, parfois même pour les corriger. Ce fut le cas dans Notre-Dame. Face à l'absence de données textuelles ou iconographiques précises, nous avions émis l'hypothèse selon laquelle le pilier ancien de la tour sud avait servi de base à la reconstruction de la première travée de la nef. Le dossier avait donc était construit sur la base de relevés topographiques. Or, en modélisant les données géométriques, l'infographiste dut démentir les cotes qui lui avaient été fournies. Ce qui existait avant la guerre du fait des reprises liées aux différentes campagnes de construction ne se justifiait plus pour assurer la solidité du bâti au moment de la reconstruction. L'élévation du modèle virtuel avait donc contribué à éclairer la connaissance historique.

À la lumière de cet exemple, nous voyons que la restitution virtuelle oblige parfois à apporter des correctifs, l'infographiste pouvant être amené à invalider les données lors de l'élévation de l'édifice. Lorsque les sources sont laconiques, on peut procéder à des recoupements avec d'autres édifices du même type. En dernier recours, il faut se résoudre à des extrapolations et à des choix graphiques et qui viennent combler les « blancs » de la connaissance. Elles sont une hypothèse recevable à un moment donné de la connaissance, et ne sont en rien à considérer comme des approximations mais comme l'hypothèse la plus probable à un moment donné du savoir, hypothèse livrée comme telle à la discussion. Par étapes, on parvient à compléter le dossier scientifique et à satisfaire la restitution virtuelle. Le modèle virtuel doit mettre en évidence les incertitudes de manière à ce qu'aucune ambiguïté ne vienne entacher la rigueur scientifique de l'étude. L'image n'est pas une fin en soi mais un outil.

La difficulté réside dans la manière de faire apparaître les incertitudes voire l'absence de données comme telle dans un environnement achevé, soit de les distinguer du reste sans que le choix opéré ne vienne par trop impacter visuellement le reste de la restitution et dans la cas de la lumière sans que cela ne vienne gâter la restitution des ambiances. Dans le cas des vitraux manquants par exemple, nous sommes donc convenue avec l'infographiste d'un choix de verre à l'opacité uniforme facilement repérable par le visiteur virtuel comme un espace non renseigné et dont la teinte ne viendrait pas contrarier l'ambiance lumineuse générale (figure 9).

Aussi, loin de dissimuler les zones d'ombre de la connaissance historique, le modèle virtuel offre une occasion intéressante de mettre en scène les sources. Au fil du parcours muséal, on donne un accès aux archives par l'entremise d'un lien cliquable, symbolisé par une icône, selon un système proche du cartel et qui ne gêne en rien la navigation et qui vient au contraire nourrir la visite d'une dimension culturelle autant qu'historique. À l'état brut, les sources avaient servi à l'écriture de la restitution ; numérisées, triées, hiérarchisées, elles deviennent accessibles à un public qui ne les aurait jamais consultées dans les dépôts d’archives, sibylline chasse gardée du spécialiste. Par leur exposition, elles sont la caution scientifique d’un modèle qui les contextualise et les met en scène, qui les partage et les démocratise. Aujourd'hui, alors que la crainte est grande chez les archivistes de faire de la numérisation un substitut de la réalité, nous démontrons par un projet de ce type que l'on peutsans rogner sur la rigueur scientifique valoriser ce patrimoine souvent invisible, en abondant dans le sens du partage de la connaissance et des savoirs35.

 



Figure 9: Vue sur la tour nord dans l'église restituée virtuellement

Source : MPB



L'approche des publics constitue une dimension importante de notre démarche. De la même manière qu'il faut faire œuvre de pédagogie pour persuader les défenseurs de la tradition que les nouvelles technologies ne sont pas incompatibles avec la science historique, il faut créer des ponts entre le scientifique et le grand public de sorte que l'appréhension considérée plus ludique du savoir n'échappe pas au champ scientifique. C'est le choix opéré à grands moyens par Cluny, dont les travaux sont aujourd'hui considérés comme pilote en France. Cette petite cité touristique fonde son succès sur les ruines de l'abbaye cistercienne, joyau de l'architecture religieuse médiévale36. Aujourd'hui, elle mise sur les nouvelles technologies pour redonner une vie virtuelle à ses pierres. En différents points du parcours de visite, un dispositif de tablettes de réalité augmentée met à la disposition du public un rendu de la Maior Ecclesia 37. Une salle de projection en stéréoscopie vient synthétiser la visite. Pourtant, en observant les visiteurs non initiés aux nouvelles images, on remarque le peu de surprise, voire le peu d'intérêt pour ce projet pourtant très réussi. L'image prend toute la place mais aucun contenu ne vient éclairer ni la démarche et sa complexité ni les objectifs et contenus du travail.

Pour notre part, et sans volonté de comparer nos travaux à ceux du projet Gunzo, d'une toute autre envergure, nous avons choisi de rendre intelligible le projet à un public non averti, non-acquis pour la majorité mais curieux. Pour cela, à l'instar de la démarche du Plan de Rome mais sous une forme différente, nous avons donné un caractère événementiel à notre travail. Le paradoxe qui donne une consistance immatérielle à un édifice disparu dans sa forme ancienne méritait d'être exposé. En premier lieu, c'était l'occasion d'expliquer ce qu'est la réalité augmentée, la réalité virtuelle, dans quelle mesure et selon quelles conditions elle contribue à éclairer la connaissance. En deuxième lieu, il fallait lever l'ambiguïté selon laquelle la restitution virtuelle aurait été la première étape d'une reconstruction réelle. En troisième lieu et enfin, c'était la possibilité de donner des clés de lecture à un public peu familier avec les nouvelles technologies mais curieux du projet.

En 2008, date de démarrage de l'étude, la première pierre virtuelle fut posée à l'occasion des Journées européennes du Patrimoine (figure 10). Conjointement, rassemblés autour de l'ordinateur, le curé de la paroisse et le maire de la ville érigeaient la pierre devant un public réuni dans l'église. S'ensuivit une conférence expliquant les tenants et les aboutissants du projet. L'année suivante, dans le même cadre, le public était invité à visiter l'édifice à partir des sources dans l'édifice reconstruit. De la sorte, à partir du dossier scientifique, en lui en livrant une analyse vulgarisée, on lui donnait du même coup accès à la méthode de travail38. Le caractère scientifique du projet était posé, partagé. Lors de l'édition 2010, c'est le modèle virtuel qui fut enfin inauguré. Dans l'église, lors d'une conférence, le public devenait collectivement visiteur d'une église restituée, intérieurement et extérieurement. Après une déambulation dans l'église virtuelle qui en faisait un espace muséal, le curé de la paroisse fut invité à monter virtuellement dans la chaire aujourd'hui disparue (figure 11).



Figure 10: Pose de la première pierre virtuelle de l'église Notre-Dame (2008)

Source : 5050TV


Les réactions du public furent fort instructives. En effet, étaient présents des paroissiens qui avaient connu, enfants, l'église avant sa destruction. L'impossibilité de renseigner visuellement toutes les chapelles, de restituer l'ensemble des vitraux, de la statuaire en donnant accès aux seules sources aurait pu gêner leur appréhension de l'espace. Au contraire, ils furent unanimes à déclarer qu'ils retrouvaient « leur » église. La critique qu'ils émirent fut pour le moins surprenante : l'église virtuelle manquait de prie-dieu, ils étaient plus nombreux dans leur souvenir, répartis autour des chapelles. Nous nous étions interrogée sur le mouvement à donner aux chaises et autres bancs, éparpillés de manière désordonnée dans l'église, voulant coller le plus possible aux ambiances d'antan. La conjugaison des éléments de restitution propres à l'identification avait généré une identification au-delà de nos espérances. D'ailleurs, ils contribuèrent encore à éclairer la connaissance : la restitution ravivait des souvenirs39. Toutefois, si nous avions la satisfaction du succès, lequel semblait valider la double préoccupation de la vérité historique et de la restitution d'ambiances, ce sont surtout de nouvelles pistes de recherche qui s'offraient à nous.

En nous interrogeant sur le parcours muséal et sur l'intégration d'humains virtuels nous nous trouvions face à une problématique passionnante dans le cadre des reconstitutions virtuelles à caractère historique, celle du temps de l'histoire. En effet, il existe une très forte nuance entre la restitution tridimensionnelle d'un espace, soit la création de l'illusion d'un volume et la possibilité de parcourir ledit espace, en interagissant avec lui. C'est la faculté nouvelle qu'apporte la réalité virtuelle. Avec elle, c'est une véritable révolution qui s'opère. Pour la première fois dans l'histoire de la représentation, non seulement l'homme est intégré à l'espace représenté mais il participe à la dynamique de cet espace.


Figure 11: Vue sur le choeur dans l'église virtuelle

Source : MPB


Nous avons précédemment évoqué la question du réalisme des scènes par la dimension sensorielle40, essentiellement visuelle dans notre cas, mais c'est une toute autre dimension qui s'offre à nous grâce à la réalité virtuelle : c'est la possibilité de se jouer du temps. En intégrant l'espace disparu, l'homme vit dans l'histoire. Jusqu'où aller dans ce cadre ? L'expérience doit elle être poussée aux confins de la réalité jusqu'à l'identification et donc jusqu'à l'anachronisme ? Les restitutions doivent-elles au contraire conserver leur caractère historique et demeurer une expérience virtuelle, décalée ?

La question est loin d'être anodine et les réponses apportées à cette question déterminent non seulement la manière dont on donne l'accès aux sources mais également la figuration des avatars s'il est décidé de les intégrer au modèle41. Nous posons cette réflexion comme centrale et de manière plus générale que notre cas d'étude dont le sujet ne met pas en jeu des valeurs fondamentales. Comme toutes les révolutions technologiques et particulièrement celles qui touchent à la représentation42, les perspectives nouvelles apportées par la réalité virtuelle ne sont pas sans provoquer peurs et résistances43. Or, les plongeons dans le temps posent de manière plus aiguë encore que les autres sujets la question de la confusion entre le réel et le virtuel. Pour l'historien c'est potentiellement l'envie de réécrire l'histoire qui est à craindre. Les plateformes virtuelles du type Second Life sont l'illustration même des enjeux de l'histoire à l'heure digitale avec la possibilité d'une mutation radicale de la notion de musées : la mise en scène de l'histoire est offerte à tous ceux qui ont les compétences de s'approprier les outils de création de la plateforme, on peut par exemple visiter le Mont-Saint-Michel44 sans que la reconstitution n'ait le moindre lien officiel avec la Huitième Merveille du monde. L'histoire est partagée entre ses auteurs et ses acteurs, qui occupent les lieux de reconstitution à la manière d'un jeu de rôles.

Concernant Notre-Dame, la présence d'humains virtuels dans le modèle ne va pas de soi, on peut régler le problème de la figuration en adoptant le point de vue de la caméra. C'est une manière de mettre le visiteur virtuel à distance en le détachant de l'espace-temps reconstitué. En revanche, la figuration peut-être intéressante pour donner des points de repères et une idée de la monumentalité dans les restitutions architecturales. Si ceci se justifie dans les reconstitutions à partir de vestiges archéologiques, à Notre-Dame, les points de repère existent dans l'église reconstruite. Dans le cadre qui nous préoccupe, l'église Notre-Dame de Saint-Lô, comme un objet de culture et que sa visite est conçue comme celle d'un parcours muséal, en immersion, nous sommes amenée à poser une alternative : soit le visiteur virtuel est un contemporain de son temps et dans ce cas il visite un espace/temps révolu, l'église de 1940, dans une église devenue musée, soit il est contemporain du temps figuré et dans ce cas il plonge dans le présent d'un temps passé.

D'autres questions se posent au moment de la conception de l'avatar, au-delà de ses apparences. Quelle mobilité lui donner ? La réponse à cette question est très importante car elle conditionne en grande partie l'identité de l'humain virtuel dans le modèle. En effet, si l'on privilégie la connaissance, le visiteur sera invité à avoir accès à un maximum d'informations. Dans une restitution architecturale de ce type, il pourra voler et s'approcher des vitraux, monter au sommet des flèches, etc. Si c'est le réalisme de la scène qui est privilégié, l'identification au lieu disparu, on le contraindra au contraire à demeurer au sol. C'est la connaissance du lieu qui viendra à lui sous la forme d'informations externes visuelles ou sonores) et non l'inverse.

La seconde solution a été retenue, non parce qu'elle est idéale mais pour une adéquation du modèle virtuel par rapport à son contexte d'exposition. Dans une reconstitution du type de celle de l'abbaye de Cluny dont il a été question plus haut, la capacité de l'humain virtuel à se déplacer dans les airs est un choix très pertinent, qui dévoile l'architecture de manière très fluide, évitant la notion d'hyperlien avec l'ouverture d'une fenêtre pour zoomer sur les parties hautes par exemple. À Cluny, la reconstitution n'existe que pour redonner aux pierres disparues. Nous sommes bien dans un temps historique et il n'y a pas d'identification possible du visiteur à l'époque figurée et jamais aucun humain n'a vu l'abbaye de cette manière. Dans le cas de Notre-Dame, la volonté de superposer les espaces-temps, de rendre visible et lisible l'église ancienne dans l'église actuelle et inversement imposait le cadre d'une visite virtuelle la plus conforme possible à la visite réelle.

Pour l'heure, les historiens sont peu préoccupés d'humaniser les modèles virtuels. L'objet des reconstitutions est encore avant tout matériel, outils, bâtiments, etc. Leur mise en espace est souvent liée à un environnement naturel ou aménagé mais la figuration humaine reste accessoire. Se posent en outre les interrogations de l'intelligence artificielle (IA) appliquée à l'histoire, laquelle constitue un champ exploratoire éthique immense et passionnant. Si les humanistes ne se sont pas encore véritablement approprié le sujet, en revanche, le domaine de l'IA est très bien exploré et exploité par le monde des informaticiens et les applications industrielles sont nombreuses45. Ici encore, les nécessités de collaboration se font jour et pressantes.

Si nous insistons sur ce point et pour revenir dans le cadre du cas d'étude, c'est que l'un des objectifs à atteindre est de faire de la restitution virtuelle de l'église Notre-Dame de Saint Lô un serious game46 comme un exemple d'architecture religieuse gothique dans le cadre des programmes scolaires d'histoire de l'art et des civilisations. Nous touchons ici l'un des aspects intéressants à développer de la réalité virtuelle. Grâce à l'interactivité et à l'immersion, on peut développer des modules d'apprentissage, y compris sur le mode du e-learning47 puisque l'expérience en cours se veut pionnière avec un modèle virtuel immersif et interactif en ligne. Or, les programmes scolaires invitent les apprenants à imaginer les styles architecturaux comme des ruptures. Les manuels offrent des images fixes pour se faire une idée des lieux et rares sont les opportunités pour les classes de se rendre in situ pour appréhender l'espace réel.

On voit très bien dans des églises comme Notre-Dame que la réalité offre un modèle de développement spatial bien plus complexe que le passage brutal du roman au gothique. Ici, l'église a grandi sur un espace qui s'est libéré au fil du temps et que la fabrique a acquis au fur et à mesure que les terrains se libéraient et qu'elle avait des disponibilités financières. L'église portait avant-guerre la trace de ces superpositions, des reprises de constructions qui du reste expliquent en grande partie la fragilisation de l'édifice tout entier. Par ailleurs, en donnant accès aux sources, en autorisant la superposition des représentations, la réalité augmentée offre une réelle opportunité d'apprentissage sérieux et ludique, extrêmement enrichissant.

Ce projet, encore ouvert et conçu par briques, vise à contribuer à rendre crédibles et utiles les humanités numériques. La réalité virtuelle est un media capable de générer des contenus, ce qui la rend précieuse et délicate à manier. Les projets de restitutions virtuelles historiques souffrent surtout du manque de concurrence tant le champ reste à explorer, alors même que le potentiel est infini. Pour ce faire, développer des collaborations, un réseau scientifique capable de faire naître une mutualisation des moyens humains et matériels est nécessaire. Penser la méthode pousse la discipline à se structurer et à avancer de manière ordonnée. Par l'action, par le sérieux des travaux et par leur succès scientifique et populaires, les humanités numériques seront enfin reconnues comme une discipline à part entière par l'académie.



1http://www.normandiememoire.com/nmeh/accueil.php

Le tourisme de Mémoire est particulièrement développé et bien structuré en Normandie, pris en main par une association puissante « Normandie Mémoire », dont le slogan est « Comprendre et s'émouvoir » et qui s'étend aujourd'hui son action, signe des temps, à des thématiques autres que celle de la Seconde Guerre Mondiale.

2On associe souvent cette expression à l'écrivain Samuel Beckett qui séjourna quelque temps à Saint-Lô, engagé comme officier d'intendance à l'hôpital irlandais, et qui rédigea un texte daté du 10 juin 1946, « The capital of ruins ». Ce reportage, redécouvert en 1983 dans les archives de la radio irlandaise Radio Telefis Éireann, fut publié par Eoin O'Brien, The Beckett Country: Samuel Beckett's Ireland, Arcade Publishing, 1993, 420 pages.

3Ce sont environ 400 morts au total que la ville pleura. On peut lire sur les bombardements de la ville de Saint-Lô deux ouvrages très bien documentés :

Maurice Lantier, Saint-Lô au bûcher, le martyre d'une ville de Basse-Normandie pendant la Seconde Guerre Mondiale, juin-juillet 44, Saint-Lô, Association « Saint-Lô 44 », 1993, 270 pages.

Glover S. John, Jr, Les pigeons d'argile de Saint-Lô, Saint-Lô, Association « Saint-Lô 44 », 1993, 288 pages.

4Photographie accessible en ligne sur le site officiel du Conseil régional de Basse-Normandie « Archives-Normandie 1939-1945 » :

http://www.archivesnormandie39-45.org/specificPhoto.php?ref=p011468

Référence : p011468

5Le choix final fut anticipé dès le lendemain de la guerre par le Père Régamey, directeur de la revue Art Sacré, homme d'église de l'ombre mais extrêmement influent dans les sphères du pouvoir. Dans une correspondance avec qu'il entretient avec Yves Marie Froidevaux (alors même que ce dernier n'était pas encore en poste), il suggérait simplement que le temps fasse son œuvre et d'attendre que Barbier ne fût en retraite pour mettre en œuvre le projet « le plus rationnel » selon lui. La lettre est publiée dans Charles de Gerville, Voyage archéologique dans la Manche, tome 2, Saint-Lô, Société d'Archéologie et d'Histoire naturelle de la Manche, 2000, p. 332.

6Victor Hugo qui passa à Saint-Lô lors de ses voyages s'émerveilla devant la chaire extérieure et les flèches de Notre-Dame. Dans une lettre à sa femme, il écrit de Notre-Dame qu'elle est une « admirable église qui a deux clochers aussi beaux que la grande flèche de Saint-Denis ». Cet extrait est publié dans Victor Hugo, Correspondance familiale et écrits intimes, Tome 2, 1828-1839, Robert Lafont, p. 298.

Il a aussi croqué la chaire extérieure dont il a fait ensuite une gravure que l'on retrouve aujourd'hui dans l'espace muséal de l'église reconstruite.

7Le tableau de Camille Corot, Vue générale de la ville de Saint-Lô, vers 1833, 0,46x0,65m, est aujourd'hui conservé au musée du Louvre. On peut le voir en ligne sur le site officiel du musée du Louvre :

http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=16538

8L'évêque de Coutances Arthur de Cossé, humilié par les Réformés qui l'avaient promené juché à l'envers sur un âne coiffé d'un bonnet décida de renoncer à la baronnie de Saint-Lô qu'il céda aux Matignon. Aujourd'hui, la baronnie de Saint-Lô appartient à la Principauté de Monaco.

On retrouve l'Histoire de la ville de Saint-Lô sous la plume d’ecclésiastiques historiographes normands, en particulier celui écrit sous l'Ancien Régime, au début du XVIIIe siècle, par René Toustain de Billy, Mémoires sur l'Histoire du Cotentin et de ses villes : villes de Saint Lô et Carentan, Société d'Archéologie et d'Histoire naturelle du département de la Manche, 1912, 570 pages. Deux autres, rédigés au XIXe siècle font également référence. Celui du Chanoine Houël, Histoire de la ville de Saint Lô, Paris, Res Universis, 1992, 256 pages. Enfin, celui de l'Abbé Bernard, Histoire de la ville de Saint Lô et de ses environs, Saint Lô, Éditions R.Jacqueline, 1953, 120 pages.

9Photographie accessible en ligne sur le site officiel du Conseil régional de Basse-Normandie « Archives-Normandie 1939-1945 »

http://www.archivesnormandie39-45.org/specificPhoto.php?ref=p012896

Référence p012896.

10L'église Notre Dame de Saint Lô fut classée dès la création du Service des Monuments historiques en 1843 et la même année ses vitraux anciens furent classés à l'Inventaire. Le rapport de la Commission des Beaux-Arts explique le classement de l'édifice non du fait de la pureté de sa beauté mais de son aspect composite qui en fait un exemple de l'évolution architecturale religieuse normande.

Avant notre thèse de doctorat « La restitution virtuelle de l'église Notre-Dame de Saint-Lô dans son état d'avant-guerre » (soutenance le 22 juin 2011), sous la direction de Philippe Fleury, aucune monographie universitaire n'a été consacrée à l'édifice. La première partie est dédiée à l'étude des sources et à l'histoire de l'édifice.

Une monographie a été consacrée à Notre-Dame de Saint-Lô dans, Art de Basse Normandie, n° 62, 1974, 40 pages. Martine Callias-Bey a consacré son mémoire de Maîtrise à la Chapelle Saint-Thomas, Les vitraux de la chapelle Saint-Thomas de Notre-Dame de Saint Lô (Manche), mémoire de Maîtrise, dir. Louis Grodecki, Faculté des Lettres, Paris IV Sorbonne, 1971,126 pages.

11« Les meurtrissures de l'église Notre-Dame de Saint-Lô sont désormais cicatrisées, seule la façade ouest portera devant les générations à venir les stigmates du drame de 1944. Désormais, en conservant toutes les étapes de sa longue histoire, l'édifice dans une nouvelle jeunesse transmettra aussi le message de notre époque (...) », Yves-Marie Froidevaux, « La restauration de l'église Notre-Dame de Saint-Lô », Art de Basse Normandie, n° 62, 1974, p. 31.

12Extrait du procés-verbal de la séance du 13 octobre 1945, dans Charles de Gerville, Voyage archéologique dans la Manche, tome 2, Saint-Lô, Société d'Archéologie et d'Histoire naturelle de la Manche, 2000, p. 331.

13Extrait des rapports de Louis Barbier, Architecte en chef des Monuments historiques, compulsés dans le Fonds Froidevaux de la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, à Paris.

Fonds Froidevaux 0081/050/0078

14Collection Marie-Pierre Besnard.

15Georges Pérec, Je me souviens, Paris, Hachette, 1998, 142 pages.

16 Fonds de cartes postales 6Fi_502_1101

17On trouve peu d'écrits de Froidevaux sur les choix opérés. Attaqué localement de toute part, il choisit de travailler dans le silence, ne cherchant pas à convaincre. On trouve un seul article publié dans

18 Il s’agit ici pour l’essentiel des travaux de la Société des Antiquaires de Normandie et de la Société d’Archéologie et d’Histoire naturelle de la Manche. Elles naquirent au milieu du XIXe siècle et demeurent actives à ce jour.

19Les documents sont compilés dans des cartons, rangés par dates, les deux premiers compilant les documents d'avant guerre, les suivants datant de la reconstruction. Les cotes sont les suivantes : 0081/050/0077, 0081/050/0078, 0081/050/0079, 0081/050/0080, 0081/050/0081, 0081/050/0082, 0081/050/0083, 0081/050/0084, 0081/050/0085.

20Toutes les sources iconographiques des Archives départementales de la Manche sont consultables en ligne :

http://archives.manche.fr/

Les Fonds Marc Thibout (18fi) et de cartes postales (6Fi) nous ont été les plus utiles.

21Ce travail, dans le cadre d'une thèse de doctorat sus-citée, a été mené en collaboration avec Nicolas Lefèvre, infographiste du CIREVE, Centre interdisciplinaire de réalité virtuelle de l'Université de Caen Basse-Normandie dirigé par Philippe Fleury. Dans ce type de projet, l'historien fournit à l'infographiste des plans cotés qui lui permettent de procéder à la construction de l'édifice, à l'application des matériaux et des textures. Il est souvent en demande de compléments d'informations. Parfois aussi, il invalide des hypothèses qui avaient pu être émises par l'historien par recoupements ou extrapolations. En revanche, l'infographiste n'interprète jamais les sources.

Sur la question, lire la contribution de Robert Vergnieux sur la méthodologie des restitutions archéologiques dans Philippe Fuchs (dir.) Le traité de la réalité virtuelle, volume 4, « Les applications de la réalité virtuelle », volume 4, Paris, Presses de l'École des Mines, 2003, p. 229-230.

22Martine Callias Bey, Véronique David, Corpus Vitrearum   France, série Recensement des vitraux anciens de la France VIII, Rennes, Presses de l'Université de Rennes (PUR) et Condé sur Noireau, Éditions Charles Corlet, 2006, 256 pages.

23Ils furent reposés à la Reconstruction, le Vitrail Royal restauré par Simone Flandrin-Latron des interventions du XIXe siècle, jugées peu heureuses. Voir Martine Callias Bey, « Les verrières anciennes de Notre-Dame de Saint-Lô », Actes du colloque La normandie du XVe siècle, Art et Histoire, Saint-Lô, 2-5 décembre 1998, Archives départementales de la Manche, p. 259-267.

24Avant la Révolution française, la fieffe d'une chapelle impliquait pour le généreux donateur ou la confrérie l'onéreux entretien, outre du pavage et de la couverture, celui de la vitrerie. On voit ainsi évoluer la représentation sociale dans l'espace sacré de l'église de même que l'on mesure l'impact de la disparition des confréries en 1792 sur la capacité des fabriques à entretenir les verrières.

Lire l'étude de l'histoire des chapelles de Notre-Dame de Saint-Lô dans, Dr Le Clerc, « Notre-Dame de Saint-Lô », in Notices, Mémoires et Documents de la Société d'Archéologie et d'Histoire naturelle de la Manche, tome 43, 1931, p. 1 à 79.

25« Enfin l'atmosphère intérieure devait être recrée, ce fut l'une des tâches les plus importantes et la plus délicate de la restauration. En effet les édifices de cette époque, où la lumière pénètre abondamment, ont été conçus pour recevoir les verrières, indispensables pour tamiser la lumière, celle-ci doit d'ailleurs rester blanche pour ne pas dénaturer les volumes intérieurs par un effet facile. Bien heureusement tout ce qui restait des vitraux anciens avait été déposé peu avant la tornade, ils purent donc, après réparation et reclassement, être remis en place, mais la plupart des fenêtres avaient perdu leurs verrières. Il fallut donc doser les intensités lumineuses pour équilibrer l'édifice, compléter la composition des vitraux anciens et suivant les grandes traditions de l'art du vitrail retrouver un sens iconographique à l'ensemble », in Yves-Marie Froidevaux, in Art de Basse Normandie, n° 62, 1974, p. 31.

26Fonds Froidevaux 0081/050/0078

27Sur les vitraux anciens de Notre-Dame lire Bernard Jacqueline, « Les vitraux anciens de l'Église Notre-Dame de Saint-Lô », Notices, mémoires et documents de la Société d'Agriculture, d'Archéologie et d'Histoire naturelle de la Manche, tome, 1942, p. 45-64.

28Sur les questions de méthodes lire Philippe Fleury, «La restitution virtuelle de la Rome du IVe siècle», Revue des Études Latines, 87, 2009, p. 166-177 ; Robert Vergnieux L’usage de la 3D en archéologie, in Information Technology and Egyptology 2008, Gorgias Press, (Piscataway- USA, 2009), p. 148-154.

29Shanmugalingam Suganthan, Stained Glass Digital Image Processing, Image Statistics, Correcting Image Defects, Shadow Removal, VDM Verlag, 2009, 204 pages.

30Ibid., quatrième de couverture qui présente le sujet : « Stained glass has been an important medium for the illustration of European culture and history and is still used in architecture and decorate arts. Heritage conservators are interested in using digital images in the analysis of stained glasses. Stained glasses images differ from natural images in many aspects. Their colour is generated by transmitted, rather than reflected light. In many cases the background is partially visible through the glass, tipically showing trees, sky, etc. Images of stained glass taken with external illumination very often contain shadows, cast by structures such as protective bars and grilles. The physical structures producing the shadows are often irremovable, because they are difficult to access or constitute structural elements of a window. It is thus necessary to provide a suitable set of image processing tools to remove background and shadows from the digital images ».

31A contrario, les travaux de L'architecte Rebeka Vital autour de la synagogue de Thessalonique sont tout à fait intéressants quant à l'analyse des sources, la constitution du dossier scientifique pour la (re)construction de l'espace virtuel du point de vue de l'identité culturelle mais ils gagneraient manifestement à être enrichis dans leur modélisation de sorte d'en faire des espaces sensibles.

Rebeka Vital, Virtual Reality: A Tool for Incorporating Cultural Elements to Architectural Historical Reconstructions, VDM Verlag Dr. Mueller e.K. , 2008, 132 pages.

32Cette base de données mériterait d'être partagée, de manière à créer des outils collaboratifs propres à faire avancer les travaux de restitution virtuelles d'églises et poser les jalons d'une méthodologie qui reste à écrire.

33Philippe Fleury est Professeur de latin à l'Université de Caen Basse-Normandie, il y dirige l'équipe du Plan de Rome au sein de l'ERSAM, Equipe de Recherche technologique éducation "Sources Anciennes, Multimédias et publics pluriels" (ERTé 2003), et le CIREVE (Centre interdisciplinaire de réalité virtuelle). Il collabore depuis 2009 avec l'équipe américaine de Rome Reborn : ces derniers possèdent le foncier virtuel de la Rome du Ive siècle après J.-C. tandis que le Plan de Rome y implante ses modèles.

http://www.unicaen.fr/cireve/rome/index.php

http://www.romereborn.virginia.edu/

34Chaque premier mercredi du mois une conférence est adressée au grand public dans la salle stéréoscopique de l'Université de Caen. Le succès sans cesse grandissant de ces sessions montre l'intérêt scientifique de croiser tradition et nouvelles technologies dans une perspective de médiation culturelle.

http://www.unicaen.fr/cireve/rome/images_site/nocturnes/NocturnesPlanDeRomeWeb.pdf

35On constate une évolution rapide dans le monde des archivistes pourtant réputé traditionnaliste. Pour la seule région bas-normande, dans l'année 2010, les Archives départementales du Calvados et celles de la Manche ont mis en ligne leurs sources numérisées, s'ouvrant par là-même à un public plus large, moins spécialisé. Quant aux Archives départementales de l'Orne elles impulsent de manière symbolique un travail de mise en valeur des sources par l'imagerie avec la restitution virtuelle de la façade de la cathédrale de Sées à partir des sources de leurs fonds. On aborde ici le domaine de la médiation culturelle, dans ce projet soutenu par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles).

http://www.cg14.fr/quotidien/archives/

http://archives.manche.fr/

http://www.cg61.fr/archives/

36À la Révolution française, l'abbaye fut cédée à un marchand de biens qui la transforma en carrière. Plus grande église d'Europe au Moyen-Âge après Saint-Pierre de Rome, elle voit passer aujourd'hui dans sa nef l'artère principale du centre-ville.

37École Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Cluny travaille sur la restitution virtuelle de la Maior Ecclesia du temps de sa splendeur, appelée « Projet Gunzo » avec un dispositif de tablettes de réalité augmentée, placées en différents points de la visite.

http://www.ai.cluny.ensam.fr/main.php?dir=90communication&fichier=20maior_ecclesia_fr.html

38Nous avons proposé avec l'infographiste de montrer in vivo comment on opérait pour un dossier donné, en l'occurrence celui des dallages (par souci d'efficacité dans le temps imparti). Ainsi, le public, appelé à intervenir par des questions ou des remarques, assistait à un exposé montrant l'inventaire des sources, leur interprétation par l'historien, leur transformation en données géométriques pour l'infographiste et le traitement numérique jusqu'au résultat. Cette conféra suscita un intérêt marqué pour les générations les plus âgées qui comprirent par l'exemple que c'était un travail sérieux et scientifique.

39Un paroissien, M. Varin, âgé de 87 ans, se souvint pas exemple que « les petits cœurs votifs accrochés à la chapelle de Notre-Dame du Pilier étaient rouges pour les communiantes les moins fortunées, argentés ou dorés pour les autres ». Collectionneur de cartes postales anciennes de Notre-Dame nous a depuis donné accès à ses archives personnelles...

40Nous avons évoqué dans le présent texte la question de la lumière mais l'acoustique est aussi un objet d'étude. Une église est un lieu de silence et de même que pour la lumière il est complexe de restituer l'acoustique. Or, dans le cadre de Notre-Dame le pari est historiographiquement intéressant à relever d'une part parce que les orgues ont disparu sous les décombres et d'autre part parce que l'église reconstruite a mis la pierre calcaire, le granite et le schiste à nu, que tout le mobilier à l'exception des chaises a disparu rendant les sons très métalliques. Nous développons actuellement cet axe de recherche.

À cet égard, nous suivons les travaux de l'IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) sur la spatialisation sonore de manière à étudier la répartition des sons dans l'espace au fil de la visite virtuelle pour l'adapter à notre cas d'étude.

http://www.ircam.fr/307.html

41Sur ces questions, nous déplorons que la littérature soit muette. L'écriture historique n'est pas encore l'objet d'études scientifiques et analytiques.

42Andrew Feenberg, (Re)penser la technique, vers une technologie démocratique, Paris, La Découverte, 2004, 230 pages.

43Ces questions ont été très bien étudiées par le psychanalyste Serge Tisseron dans ses différents ouvrages parmi lesquels Serge Tisseron , Virtuel, mon amour : Penser, aimer, souffrir, à l'ère des nouvelles technologies, 2008, Paris, Albin Michel, 226 pages.

45(dir.)Philippe Fuchs, Traité de réalité virtuelle, volume 5, « Les humains virtuels », Paris, Presses de l'École des Mines, 2008, 428 pages.

46Jeu sérieux.

47Formation à distance.